MARINE BUREAU-KOHN EXPOSE LES OEUVRES CRÉÉES PENDANT SON CANCER DU SEIN À LA CITÉ DE LA SANTÉ Marine Bureau-Kohn expose les oeuvres créées pendant son cancer du sein à la Cité de la santé
Marine Bureau-Kohn était décoratrice et mosaïste avant de découvrir en octobre 2003 qu’elle était atteinte d’un cancer du sein de grade 1. Son mari, Bob Kohn, dit d’elle qu’elle est une véritable créatrice, et c’est par ce biais qu’elle s’est exprimée, sans vraiment en prendre conscience au départ. Elle explique qu’"à ce moment, c’était évident. C’était de l’émotion. Qu’est ce que l’art si ce n’est pas de le résultat de l’émotion ?", s’interroge-t-elle.Bob Kohn, justement, "un chouette mari", soupire-t-elle en le regardant poser ça et là son objectif sur les visiteurs de l’exposition. "Je crois que beaucoup de maris quittent leur femme lorsqu’elle est malade, mais lui il est resté". Mieux même, alors que ce tandem créatif/créateur (c’est ainsi qu’ils se qualifient) avait peu collaboré auparavant, Bob décide d’épauler Marine dans sa démarche artistique "pour structurer son propos".SE NOURRIR SUR LE DOS DU CRABEAinsi supportée par Bob et par son art, Marine chemine de traitements en création, au gré des radios, ponctions, passages au bloc, prises de sang, bref le quotidien d’une personne nouvellement dépistée atteinte d’un cancer du sein. La mécanique se grippe cependant : elle est victime d’une infection nosocomiale, un staphylocoque doré ayant infecté la chaîne lymphatique, qui se déroule du sein jusqu’à l’aisselle.Mais la lutte continue, la litanie chimiothérapie/radiothérapie également. Elle est ponctuée de séances de kiné et d’aquagym quotidiennes pour lutter contre les séquelles fibreuses induites par les séances de rayons, et les oeuvres s’accumulent. Le jour de la dernière séance thérapeutique "c’était une histoire terminée dans ma tête, la page était tournée, je n’ai plus effectué aucune modification sur les oeuvres qui composent cette exposition". "Depuis, je fais ’tourner’ l’exposition", indique-t-elle avant de préciser qu’elle a déjà été installée à Paris, Nantes, Genève, mais aussi dans le village de Dordogne où Marine Bureau-Kohn vit depuis plus de 10 ans.Une thérapie, donc, qui commence et finit avec la maladie. Une thérapie, puisque la démarche extrait son auteure de la maladie, l’autorise à penser et même à tourner son "crabe" en dérision. Une thérapie enfin puisqu’elle a permis à Martine Bureau-Kohn, d’une certaine manière, de se transformer.Le concept d’art-thérapie a émergé après l’initiation du projet, et l’exposition comprend même un beau tribut de Jean-Pierre Klein, psychiatre, résident de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou, mais aussi directeur de l’Institut national d’expression, d’art et de transformation : "Revanche : tu te nourris de moi, j’en nourris une oeuvre", analyse-t-il. Puis, plus loin : "[Marine Bureau-Kohn] évite tous les pièges : celui du message édifiant, de la plainte larmoyante et misérabiliste, de l’expression libératrice qui se moque de la qualité de son résultat", écrit-il au visiteur.TERRE, PEINTURE, PHOTOS, MOTS ET SURTOUT HUMOURMême si ce travail est entièrement subjectif, il touche aussi les femmes qui ont déjà été atteintes d’un cancer du sein. Une série de sculptures de sein, successivement déformé par les manipulations qu’il subit (palpé, radiographié, mammographié), ou un "sein suaire", témoignent avec humour du contact soignant/ soigné.Une silhouette de chirurgien masqué semble s’interroger face à une tétine émergeant d’un champ stérile (drap opératoire). Intitulé "incognitos" et muni du sous-titre "homme et sein d’une femme qui n’est pas la sienne", l’oeuvre renvoie au désarroi d’une personne qui n’est plus qu’une partie de son corps, et à la violence de devoir mettre son intimité littéralement entre les mains d’inconnus.Et puis quitte à exposer son intimité, Marine Bureau-Kohn décide pour surmonter le choc de la perte de ses cheveux entraînée par la chimiothérapie de se raser le crâne et d’offrir "une toile ronde et vivante" à des artistes, amis, connus ou non. "Et puis, ce qui a été très important, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de dégoût de mon crâne, alors que souvent les gens, en te voyant tête nue, deviennent agressifs, ou te plaignent, tu sens que ça dégoûte alors que tu as seulement besoin d’amour".Une vingtaine de "peaux de peinture", immortalisés par Bob Kohn, émaillent donc l’exposition.LOIN DU CONTE DE FEELes femmes atteintes ne sont pas les seules à apprécier l’exposition : "j’ai vu énormément de gamins et d’adolescents qui ont profité de cette exposition pour amener leur mère et parler de cette maladie", indique Marine Bureau-Kohn. "Mon travail m’a servi, mais il est aussi un support positif de communication pour pouvoir parler du cancer du sein en famille, toujours tabou finalement". Marine Bureau-Kohn a perdu un peu plus qu’elle ne le montre cependant : “elle a dû arrêter son activité professionnelle de décoratrice et de mosaïste, à cause de l’ablation de la chaîne ganglionnaire", indique Bob Kohn. "Elle ne peut plus forcer sur son bras, elle a donc du changer d’activité. Marine s’est donc tournée vers la création audiovisuelle, mais c’est un secteur où il est difficile de gagner sa vie".Deux images tenaces restent en tête après la visite de l’exposition : sur l’une, un superbe buste nu est plaqué, de face, contre une vitre. L’oeuvre s’intitule "Respirez bien fort, ne respirez plus, ne bougez pas" et on retient l’expression de souffrance dure qui crispe les traits de Marine Bureau-Kohn lors de cette séance de radiothérapie. A l’opposé, une photographie, "les îles chimio" : le corps, dont on aperçoit seulement le crâne et la poitrine, flotte dans une eau turquoise, libre./ep/ajr(Nib’Art, exposition gratuite et ouverte au public, du 29 janvier au 30 mars 2008
Cité de la santé, Médiathèque de la Cité des sciences et de l’industrie, Paris
www.cite-sciences.fr)

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© APM |
8 février 2008

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