LE COÛT DU CANCER POUR L’ASSURANCE MALADIE ET L’ETAT ESTIMÉ À DOUZE MILLIARDS D’EUROS EN FRANCE Le coût du cancer pour l’assurance maladie et l’Etat estimé à douze milliards d’euros en France
L’Institut national du cancer (Inca) a présenté un rapport qui, pour la première fois, offre une vue d’ensemble des coûts du cancer en France, soins, prévention, recherche ou encore pertes de productivité.En premier lieu, le cancer a des effets dévastateurs sur le bien-être des Français. Avec 280.000 nouveaux cas recensés chaque année et une mortalité encore importante (153.000 décès en 2002), la maladie exerce un impact important sur la vie des individus et de leurs proches. Le rapport chiffre à 2,3 millions le nombre d’années potentielles de vie perdues par rapport à l’espérance de vie de personnes décédant d’autres causes, a présenté Franck Amalric, directeur adjoint du département, lors d’une conférence de presse au siège de l’Inca.Le coût des soins pour l’assurance maladie s’élève à près de onze milliards d’euros en 2004, pour les deux tiers en établissements de santé et pour un tiers en soins de ville. Sur les 150 milliards de dépenses de l’assurance maladie, cela représente environ 8%.Les soins représentent environ 90% de l’effort financier fait par les administrations publiques pour lutter contre le cancer. Les 10% restants couvrent les politiques de prévention (120 millions), le dépistage organisé (248 millions) et la recherche (670 millions).En matière de prévention primaire, l’Etat et l’assurance ont investi en 2004 46 millions d’euros dans la lutte contre le tabac (les taxes rapportent à l’Etat dix milliards d’euros par an), 63 millions pour l’alcool et onze millions pour la nutrition et l’exercice physique.Les dépistages organisés ont coûté 194 millions d’euros pour le cancer du sein sur l’ensemble du territoire et 54 millions pour le cancer colorectal proposé dans 19 départements en 2004.Quant à la recherche publique, l’Etat a investi environ 324 millions en subventions aux organismes de recherche et aux universités, l’assurance maladie 302 millions en subventions aux établissements de soins, auxquels s’ajoutent 44 millions pour des contrats publics de recherche fléchés cancer. A titre de comparaison, l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) et la Ligue nationale contre le cancer financent la recherche à hauteur de cinquante millions d’euros au total. L’investissement de l’industrie pharmaceutique est estimé à environ 600 millions d’euros.Si l’on ajoute à ces douze milliards d’euros les coûts liés aux pertes de production, on arrive à 29 milliards d’euros. Le coût, pour les employeurs, des arrêts maladie liés à un cancer est de l’ordre de 500 millions d’euros. La valeur de la production potentielle perdue du fait de la mortalité par cancer est elle de l’ordre de 17 milliards d’euros.UNE PART FAIBLE POUR LES MOLÉCULES ONEREUSESDétaillant le coût des soins du cancer, Franck Amalric a précisé que, sans surprise, le coût des séjours hospitaliers représente plus de 60% du coût total avec 57% pour la valorisation des séjours (PMSI 2004), la radiothérapie privée 4%, les molécules onéreuses 4% également et les Missions d’intérêt général et aides à la contractualisation (Migac) 1%.Les soins de ville, qui représentent 34% des dépenses, se décomposent en 15% pour les soins ambulatoires, 13% pour les médicaments et autres biens médicaux et 6% pour le transport. Vu l’attention accordée au coût des molécules onéreuses, on ne s’attendrait pas à ce que les dépenses de transport soient 50% plus élevées que les frais engagés pour acheter ces médicaments, notent les auteurs.Le poste des médicaments paraît peu important mais est très dynamique, a noté l’économiste Claude Le Pen, membre du comité scientifique qui a encadré le rapport. En effet, les dépenses pour les médicaments onéreux enregistrent une progression annuelle de 40% dans un contexte général d’augmentation de 9% pour l’ensemble des médicaments à l’hôpital.Fruit d’un travail collectif et transversal au sein de l’institut en collaboration avec des experts et organismes externes, sous la direction du département Sciences humaines et économie du cancer, cette étude initiale va servir de base et ouvre "beaucoup de perspectives", a commenté Franck Amalric. Elle sera actualisée tous les deux ans, a-t-il précisé. Il est aussi prévu d’évaluer l’impact des politiques de dépistage."Actuellement, on ne sait pas combien il faut dépenser pour atteindre les objectifs inscrits dans la loi en termes de baisse de la mortalité ou de taux de participation aux dépistages organisés", a fait remarquer Franck Amalric, en soulignant la difficulté à regrouper l’ensemble des chiffres. Il reste aussi à faire une mise en perspective au niveau international, a noté Claude Le Pen.Ce rapport doit servir à éclairer les décisions et à mieux appréhender les coûts non pas comme une charge mais comme un investissement, a commenté le président de l’Inca, le Pr Dominique Maraninchi, en soulignant la "marge considérable d’amélioration qui reste en investissant sur le diagnostic précoce". Le nombre de personnes à traiter pour un cancer va augmenter de 20 à 30% dans les cinq ans qui viennent, a-t-il rappelé./sl/mr(Analyse économique des coûts du cancer en France, impact sur la qualité de vie, prévention, dépistage, soins et recherche, Inca, Etudes et expertises, 146 p.)

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10 avril 2007

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