Plusieurs acteurs internationaux de la recherche sur les cellules souches de sang de cordon, mais aussi des représentants d’institutions publiques, ont assisté à Paris à cette journée de lancement du consortium Novussanguis, placé sous le patronage du président du parlement européen, Hans-Gert Pöttering, et parrainé par le ministère de la recherche française."Ces dernières années, nous avons mis au point des procédés et méthodes pour développer plus de vingt types de tissus différents" à partir de cellules souches extraites du sang de cordon, a indiqué au cours d’une conférence de presse le responsable du centre de recherche sur le sang de cordon de l’université Newcastle, le Pr Colin McGuckin, cofondateur avec la fondation Jérôme Lejeune de Novussanguis."Je crois cependant que la recherche sur le sang de cordon ne pourra réellement se développer que si nous travaillons conjointement au niveau international", a-t-il précisé. Le consortium est destiné à coordonner la recherche, innover en matière de techniques et d’ingénierie cellulaire et former de jeunes chercheurs. Il regroupe actuellement une quinzaine de laboratoires, majoritairement européens. Huit projets ont été retenus et devront débuter au courant de l’année 2008. Parmi eux figurent des travaux sur la régénération du tissu cornéen, sur les tissus nerveux endommagés par des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou sur la régénération des tissus endommagés par l’infarctus du myocarde, auquel participe l’Institut de recherche en hématologie et transplantation de Mulhouse. Ils seront financés par la fondation Jérôme Lejeune à hauteur de trois millions d’euros.UN NOUVEAU TOURNANT : LA DECOUVERTE DES CBEDepuis quelques années, les cellules souches de sang de cordon focalisent l’attention des chercheurs qui voient en elles un excellent moyen de développer les recherches sur la thérapie cellulaire et la médecine régénérative, tout en s’affranchissant des problèmes éthiques soulevés par l’utilisation de cellules souches issues d’embryons. Les greffes de cellules souches de sang de cordon sont essentiellement utilisées pour régénérer les cellules sanguines de patients atteints de pathologies affectant le système sanguin ou immunitaire, comme les leucémies ou les lymphomes. Ce type de greffe constitue une alternative à la greffe de moelle osseuse et, selon une étude américaine, s’avère même supérieure à celle-ci dans le cas du traitement des leucémies chez l’enfant.En 2005, en démontrant l’existence de cellules souches autres qu’hématopoïétiques dans le sang de cordon, l’équipe du Pr McGuckin a ouvert de nouvelles perspectives d’applications cliniques. Ces cellules, appelées cellules souches de type embryonnaire dérivées du sang de cordon (CBE), ont des propriétés similaires aux cellules issues d’embryon et sont donc capables de former différents types de tissus, tels que des tissus sanguins, nerveux ou hépatiques.Cette même année, la publication de leurs travaux dans la revue "Cell Proliferation" révèle le potentiel d’application clinique de ces cellules à travers une expérience réussie de formation de tissus hépatiques. Ce tissu a pu être obtenu grâce à l’utilisation d’un bioréacteur, mis au point par la Nasa, qui reproduit les effets de la microgravité afin d’assurer le développement du tissu en trois dimensions.RETABLISSEMENT DE LA FONCTION RENALEAu cours de la conférence de presse, le Dr Nicolas Forraz a illustré les innovations envisageables avec cette nouvelle voie de recherche en citant les travaux d’une équipe américaine qui, après transfusion de cellules souches de sang de cordon à 33 enfants diabétiques, leur ont permis de s’affranchir de l’injection quotidienne d’insuline pendant six mois.Une autre étude américaine a également permis à six patients atteints de maladies neurodégénératives de retrouver leur capacité motrice après injection de cellules souches différenciées dans le système nerveux. Des expériences similaires ont été menées pour la régénération de la cornée ou de tissus du myocarde après un infarctus. Le Pr Lorenza Lazzari, responsable de la banque de sang de cordon de Milan (Italie) a fait part, quant à elle, de ses recherches sur le rétablissement de la fonction rénale à partir de ces cellules souches."La mise en place de ce consortium est bienvenue et nécessaire. Il était grand temps qu’une initiative de ce genre soit engagée pour fédérer toutes les équipes qui travaillent dans ce domaine", a indiqué le Pr Eliane Gluckman qui a réalisé avec succès, il y a vingt ans, la première greffe de sang de cordon à l’hôpital Saint Louis pour soigner un enfant atteint d’une anémie.Le Pr Gluckman a regretté le manque de moyens alloués en France dans ce domaine. "Actuellement, la recherche sur les cellules souches est extrêmement dispersée et il n’existe pas aujourd’hui de véritable plan de développement de ressources en terme de sang ombilical", a-t-elle commenté.
L’hexagone compte aujourd’hui 6.000 unités de sang de cordon cryogéné, un chiffre que l’Etablissement français du sang (EFS) envisage de doubler d’ici deux ans, mais qui reste bien loin des 40.000 unités stockées en Italie./vr/ajr