: HISTOIRE D’UNE LUTTE CHAOTIQUE CONTRE UN MAL INSIDIEUX : histoire d’une lutte chaotique contre un mal insidieux
Malgré les quelques progrès évoqués, les découvertes majeures dans la compréhension du développement des cellules tumorales, c’est un sentiment pessimiste que laisse le documentaire tant la lutte contre le cancer semble loin d’être gagnée. La recherche s’obstine pourtant à trouver le traitement miracle. Et si la lutte passait également par une meilleure considération des facteurs environnementaux certainement responsables de la multiplication des cas de cancer ?, s’interrogent les auteurs.Le débat n’est pas nouveau et oppose parfois vivement les scientifiques, les uns, se calquant sur la position officielle des institutions de recherches, optimistes quant à la découverte de nouveaux traitements, les autres fustigeant les lobbies industriels et pharmaceutiques et le manque de volonté politique, à l’origine d’un désintérêt pour l’étude des conséquences d’un environnement de plus en plus agressif sur la santé humaine.Au cours d’un débat qui a suivi la projection en avant première du documentaire à l’Institut d’études politiques à Paris, des médecins et chercheurs présents dans le public ont appelé à l’organisation d’un mouvement social pour faire pression sur les pouvoirs publics et exiger une discussion sur la stratégie de lutte contre le cancer prenant en compte les facteurs environnementaux. "Certains scientifiques sont prêts, il ne manque plus qu’une structuration", a indiqué l’un des animateurs du débat, André Cicolella, chercheur en évaluation des risques sanitaires à l’INERIS (Institut national de l’environnement industriel et des risques), à l’origine de la création de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (AFSSE). Face à l’augmentation du nombre de cas de cancers et aux suspicions envers les composés chimiques omniprésents dans notre environnement, tels que les pesticides ou les dérivés plastiques, "nous avons un droit à l’interpellation des pouvoirs publics", a ajouté Christian Saout, président du Comité interassociatif sur la santé (CISS) et ancien acteur de la lutte contre le sida.UNE "GUERRE" LANCEE EN 1971Tout commence en 1971 lorsque le président américain Richard Nixon, alors empêtré dans la guerre du Vietnam, ouvre un nouveau front et déclare "La guerre contre le cancer". Par un plan d’investissement massif dans la recherche, il promet une victoire en cinq ans. Pari optimiste face à un mal insidieux qui, trente-sept ans plus tard, comporte encore une bonne part de mystère et s’avère toujours difficile à traiter.A l’aide d’images d’archives et de témoignages de chercheurs recueillis de chaque côté de l’Atlantique, le documentaire retrace les différentes étapes de la recherche sur le cancer. "On voyait les cellules devenir folles, anarchiques, mais on ne savait pas pourquoi", raconte le professeur Maurice Tubiana, ancien directeur de l’Institut Gustave Roussy. On parlait alors du cancer comme d’une "boîte noire". L’explication viendra d’un chercheur français, Dominique Sehelin, alors en activité dans un laboratoire américain. En étudiant les virus et les désordres génétiques qu’ils induisent en infectant les cellules, il découvre l’influence de certains gènes sur le développement des tumeurs. "L’ennemi ne vient pas de l’extérieur, mais se cache dans le noyau des cellules humaines". C’est la découverte des oncogènes, une révolution qui "changea complètement la vision du cancer".S’ensuit une course aux essais thérapeutiques et l’arrivée dans les années 1980 de l’interféron, une molécule perçue comme miraculeuse mais qui s’avère finalement efficace uniquement sur deux types de cancer et surtout délétère en raison de ses effets secondaires. La thérapie génique prendra alors le relai avec les premières expérimentations en 1984 du professeur américain Steven Rozenberg. Encore une fois, le succès n’est pas au rendez-vous et la technique restera en suspens.Face à ce que certains chercheurs considèrent comme un échec, se confrontant alors au message d’optimisme des institutions toujours en vigueur, se dessine à la fin des années 1980 une nouvelle stratégie axée sur la prévention, quasiment trente ans après les premières études de 1954 établissant un lien entre le tabac et le cancer du poumon. En France, les messages de prévention se médiatisent et suscitent alors des débats houleux, notamment sur les risques potentiels liés au tabac. Pendant ce temps, l’amiante fait des ravages et ses effets ne seront reconnus que bien trop tard.L’EXEMPLE DU MILITANTISME AMERICAINAvec pertinence, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, auteurs de "La guerre contre le cancer", dissèquent l’histoire de cette lutte et évoquent les conflits d’intérêts qui ont ponctué les avancées de la recherche. Des conflits liés aux lobbies économiques qui, selon eux, seraient responsables actuellement du "tout thérapeutique" et des réticences des pouvoirs publics à appuyer de véritables politiques de prévention tenant compte des causes environnementales. "Aux Etats-Unis, j’ai été frappé de voir à quel point les associations de patients se mobilisent et s’investissent pour influencer les choix politiques", témoigne Sylvie Gilman, faisant référence aux militantes de la lutte contre le cancer du sein, dont les actions de sensibilisation rappellent celles menées en France par les associations de lutte contre le sida. "Une situation encore peu observée en France", ajoute André Cicolella.D’après lui, "ce n’est qu’à travers un mouvement social qu’on peut obtenir un changement qui nous éloignerait d’une culture négationniste" qui tend maintenant à faire passer le cancer pour une fatalité. Un changement qui nécessite selon Sylvie Gilman trois facteurs : "des scientifiques courageux osant se détacher du dogme et affronter les discours officiels et des politiques qui les écoutent, mais pour cela, il est nécessaire que la société civile le demande et fasse pression", a-t-elle indiqué en fin de débat./vr/ajr

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1er février 2008

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