DE LA MUTUALITÉ FRANÇAISE SUR LES MÉTHODES DE LOBBYING DES CIGARETTIERS ET DES ALCOOLIERS de la Mutualité française sur les méthodes de lobbying des cigarettiers et des alcooliers
La collection "polar santé", lancée en avril 2003, a été conçue par la Mutualité Française pour soulever des dossiers de santé publique par le biais de fictions littéraires de type policières. L’auteur met en scène un lobbyiste, Raymond, à la tête de l’agence "Communications RC, Conseils et expertise", qui l’écrit de son plein gré, "travaille pour l’industrie du tabac", ses "plus gros clients, avec les alcooliers" (p.39). Sa tâche principale : "multiplier les consommateurs chez les gosses" (p.39). Et de fait, il l’avoue lui-même : "avec les jeunes, c’est assez facile, parce qu’ils n’ont pas peur du cancer" (p. 48).Le "héros", puisque le roman se présente sous forme de journal intime, est au demeurant sympathique et franc. Il évoque ses scrupules, sa famille, ses troubles obsessionnels compulsifs, sa psychanalyse et aussi son goût pour l’argent. Peu à peu son activité professionnelle, au départ peu présente dans ses écrits, le rattrape, et le thriller s’installe. Il dévoile à ses lecteurs "les tentations et les méthodes du métier de lobbyiste", selon le dossier de presse de la Mutualité Française, et ce dernier point représente peut-être l’aspect le plus instructif de l’ouvrage.On y lit par exemple que les pays de l’Est représentent "des marchés très porteurs où les gens ne se méfient pas encore vraiment des cigarettes". Le héros s’empressera donc de conclure un "deal" avec "le dirigeant d’une société de gomme antitabac" : là-bas, "vous nous laissez multiplier le nombre des fumeurs, surtout chez les plus jeunes, cela vous fera d’autant plus de clients à sevrer", avec indemnité compensatrice à la clé pour le temps d’attente (p.45).Ce sont surtout les méthodes de Raymond et des industriels de la cigarette et de l’alcool qui font frémir, mais ne surprennent pas : le narrateur évoque au niveau local des bars qui servent de "rampe de lancement à de nouveau produits mis au point par les alcooliers" sur de "petits cobayes" dans des "bars de jeunes" (p. 174), des "leaders de bars" soignés par les représentants de ces firmes (p.170), des "commandos de nuit" écumant la France pour faire gagner des cadeaux aux plus gros consommateurs (p.172), les groupes de rock soutenus par les alcooliers (p.173).Cela dit, et même si "les stars restent nos support marketing les plus efficaces" (p. 73), Raymond note que "depuis quelques années, on mise trop exclusivement sur les rockeurs, il faut trouver des relais plus fins" (p. 92).Plus pernicieux, le "communiqué de presse destiné aux journalistes", par exemple pour contrer une information scientifique liant la consommation d’un produit à une pathologie. "La plupart liront ça rapidement, ça rentrera dans leur cerveau et ça deviendra un petit barrage inconscient contre les informations diffusées" par les associations. En résumé ? "Ça ne convainc personne, mais ça sème le trouble, ça entretient la polémique, ça distille le doute" (p.47).Mais le point fort des organisations que décrit Raymond, ce sont sans conteste les groupes d’influence, ses "réseaux d’indics dont disposent ceux qui louent [ses] services". RAYMOND SOUS-ESTIME SES ADVERSAIRESIl évoque ainsi "la toile d’araignée des représentants de commerce" des alcooliers, travaillant auprès "des restaurants, des boîtes de nuit" bien entendu, mais aussi "des comités d’entreprises, des mairies et des ministères, des cantines, des fondations, des organisateurs de soirées, des universités". "Les commissariats et les syndicats de flics ne sont pas leurs derniers clients. Ils fidélisent tout ce qui fait la fête régulièrement", ajoute-t-il (p.145).D’autres personnages, plus mystérieux, traversent le livre, comme Jacques Dumiet, militant écologiste qui "à l’insu de son parti (...) a commencé à passer des contrats avec de grands groupes industriels" (p.140) et qui a initié Raymond à sa future profession, ou encore La Rascasse, "qui vit dans l’ombre de certains ministères pour lesquels il sélectionne divers conseillers en lien avec les industriels" (p.152) et qui a mis Raymond, au début de sa carrière "en relation avec quelques uns des plus grands alcooliers et cigarettiers du monde (p.159). De ces deux personnages, l’un trahira Raymond et pas l’autre...Le héros n’est toutefois pas un enfant de chœur et n’hésite pas à recourir si besoin à "Georges et ses deux sbires, ses fidèles ’secoueurs’" (p.113) pour intimider, dans le meilleur des cas, les personnes en possession de renseignements compromettants.Raymond sous-estime cependant ses adversaires. Il est opposé au cours du récit, à un représentant de la Ligue contre le cancer pendant une interview sur la chaîne de télévision LCI. Son commentaire : "déstabilisé, le type de la Ligue contre le cancer n’a pas dit grand-chose de marquant, il n’était pas habitué aux médias" (p. 62).Or, à l’occasion de la journée mondiale contre le tabac (le 31 mai dernier), la Ligue contre le cancer a précisément choisi de se mobiliser contre l’industrie du tabac, qui cible en priorité les jeunes**. Elle a donc publié une brochure intitulée "Jeune et addict", destinée aux 15-20 ans. Ce document explique "les conséquences de la consommation de tabac, du cannabis, de la chicha ainsi que la manipulation de l’industrie du tabac, la dépendance, les aides et les moyens de réussir son sevrage, éviter la prise de poids et trouver le bon moment", selon le communiqué de presse de la Ligue. Par ailleurs, l’association lance une campagne de communication, visant également les jeunes "et notamment les filles afin de les alerter sur les moyens détournés utilisés par l’industrie du tabac pour leur faire acheter leurs produits"."L’industrie du tabac a recours à toutes les astuces et les subterfuges du marketing et de la communication pour contourner les interdits afin de toucher l’une de ses cibles favorites : les jeunes de 15 à 20 ans avec une préférence notable pour les jeunes filles", poursuit-elle dans le communiqué de presse. La Ligue contre le cancer prévoit également de publier un second rapport sur la publicité et la promotion des produits du tabac à la fin du mois de juin./ep/ajr(*Cocktail d’enfer, Carnet 103, écrit par Raymond Clounet, édité par la Mutualité Française et les Editions Pascal, 191 pages, 15 euros
**www. http://www.ligue-cancer.asso.fr/actualites - L’industrie du tabac agit, la Ligue contre le cancer réagit)

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6 juin 2008

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