DE L’INSTITUT CURIE de l’Institut Curie
L’article du mensuel de 16 pages, lancé en novembre 2006 par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, rappelle dans un premier temps toutes les déclinaisons de la campagne de l’Institut Curie, à savoir dans les rames de métro, les cinéma, sur les flans des bus, sur internet, dans les revues... sur le modèle "une personnes sur deux dans cette rame sera atteinte d’un cancer au cours de sa vie".Puis le mensuel indique que "cette proportion ’d’un sur deux’ n’est pas tirée d’une publication scientifique", mais de calculs issus et validés par l’Institut Curie, avant de détailler la liste des "approximations" qui ont conduit à ce chiffre d’une personne sur deux.L’article pointe des estimations qu’il qualifie de "grossières", en illustrant son propos par les chiffres relatifs au cancer de la prostate. Si l’Institut Curie précise effectivement qu’il existe un surdiagnostic du cancer de la prostate, il ne sait expliquer "ni comment ni à combien précisément sont estimés ces faux cancers pour la prostate", selon l’auteur de l’article.ATTENTION AUX ESTIMATIONS, EXTRAPOLATIONS, APPROXIMATIONSQue Choisir Santé relève ensuite des variations supposées entre les chiffres issus de différents organismes : ainsi l’Institut national de veille sanitaire (InVS), d’après une analyse plus détaillée, "indique que le risque cumulé pour une personne née en 1954 d’être atteinte d’un cancer entre 0 et 74 ans est de 41,7% pour un homme et de 29,2% pour une femme".En fait, le chiffre avancé par l’Institut Curie ne contredit pas les données de l’Invs puisqu’ils incluent les risques associés à la fin de vie. Un porte-parole de l’Institut Curie répond clairement à la journaliste qui l’interroge que ce chiffre d’"une personne sur deux" autour duquel s’articule la campagne d’appel au don, correspond à une "extrapolation jusqu’à la fin de vie". Finalement, si cette proportion d’une personne sur deux est un peu surévaluée, et lisse d’une certaine manière la probabilité d’être atteint d’un cancer (qui augmente avec l’âge). Cependant, on ne naît pas tous égaux devant les cancers, et tous les cancers n’ont pas les mêmes implications. Les personnes à risque sont de plus en plus averties et suivies. Dans le même temps, les cancers les plus fréquents sont aussi les mieux connus et pris en charge, du moins en France et ceci grâce aux travaux de l’Institut Curie, entre autres. LA PEUR ET LE SENTIMENT D’IMPUISSANCE : DEUX LEVIERS PUISSANTSSi les cancers ont pris la tête des causes de décès en France depuis 2004, ce que souligne l’Institut Curie sur le site internet de sa campagne d’appel au don, la mortalité par cancer a globalement diminué de 5% en France entre 2000 et 2004, selon des données récentes publiées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), datant de 2004. De plus, cette première place s’enracine dans un contexte de diminution des décès dues à d’autres maladies. A titre d’exemple, la mortalité liée aux pathologies cardiovasculaires, qui devançait celle par cancer auparavant, a été divisée par deux en 25 ans. L’Inserm rappelle cependant que pour les femmes, les maladies cardiovasculaires constituent toujours la première cause de décès. Par ailleurs, selon l’article publié dans Que Choisir Santé, "dire qu’’une personne sur deux sera atteinte’ de cancer ne signifie pas que chacun ait un risque de 50%" de développer un cancer.Selon l’auteur, la formulation renforce l’idée un peu fataliste que "chacun a une ’chance’ sur deux d’y passer". Si, à dire vrai, le slogan de cette campagne ne mentionne pas la mort, il n’aurait toutefois pas été inutile de rappeler que tous les cancers ne sont pas mortels, tant le mot "cancer" est morbidement connoté.D’autre part certains facteurs de risques sont modulables, comme l’alimentation, l’exercice physique, la protection par rapport à certaines infections et bien sûr le fait de fumer ou pas. Or, si la recherche et son financement sont effectivement fondamentaux, les améliorations passent aussi par une prise en main de sa santé par chaque personne en mesure de le faire. Cette campagne angoissante peut certes engendrer des dons pour l’institut, mais elle peut aussi renforcer le stress et l’impression d’impuissance. Ces deux facteurs sont actuellement corrélés avec certitude, non pas aux cancers, mais à la mortalité par maladie cardiovasculaire./ep/vr(Que Choisir Santé, janvier 2008, p.10)
(Site internet de la campagne de l’Institut Curie : http://www.curie.fr/campagne2007/)
(Publication des chiffres de l’Inserm, disponible sur le Bulletin Epidémiologique Hedomadaire du 18 septembre 2007 consacré à la Surveillance épidémiologique des causes de décès en France sur la période 1980-2004, et disponible sur http://www.invs.sante.fr/beh/2007/35_36/beh_35_36_2007.pdf)

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© APM |
4 janvier 2008

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