DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR : UN MÉDECIN RACONTE SON CANCER De l’autre côté du miroir : un médecin raconte son cancer
"A quarante-cinq ans, en plein activité", le Pr Hammel s’est trouvé "affecté justement par une maladie qu’il soigne tous les jours dans l’exercice de son métier : le cancer". Alors que dans le cadre de son métier de gastro-entérologue, il traite plutôt les pathologies du système digestif, il se trouve affecté par une maladie, un "cancer des ganglions" qu’il nommera dans la dernière partie de son ouvrage, un "lymphome non-hodgkinien de type B agressif localisé de l’adulte jeune".Il s’agit d’une pathologie maligne du sang dont l’origine se trouve dans l’un des composants du système lymphatique. La lymphe, liquide biologique contenant les globules blancs indispensables à l’immunité, transite en effet par son propre circuit, le système lymphatique, avant de rejoindre le sang.Le Pr Hammel a choisi de se faire soigner à l’hôpital Saint-Louis (Paris), où il se trouve dans la situation du "patient lambda". Il exprime également le souhait de jouer "la transparence" avec l’équipe avec laquelle il travaille, d’abord "pour couper court aux rumeurs" mais également pour permettre d’opérer un clivage salutaire entre [son] histoire actuelle et celles des malades" qu’ils traitent ensemble.Le médecin raconte donc les "épreuves" qu’il traverse comme tout patient, et les réactions qu’elles provoquent. Il évoque ainsi une phase de déni, au moment où ses symptômes l’ont conduit à mener divers examens, et où ses collègues évoquent plusieurs diagnostics possibles dont le lymphome. Lui préfère "[s]’engager à fond sur la fausse piste de la tuberculose". Malgré toutes ses connaissances médicales, il confesse que "sans doute [sa] conscience ne peut concevoir à cet instant l’idée d’une maladie grave".Plus loin, une fois le diagnostic de lymphome confirmé, la chimiothérapie bien avancée, il entame une phase de "consolidation" qui correspond chez le Pr Hammel à une période qu’il baptisera "l’ingratitude" : "après l’immense soulagement (...), je ressens une sorte de démobilisation". "Il va donc falloir se faire violence pour la suite", poursuit-il.Malgré ces aspects communs avec le parcours d’un patient qui ne serait pas médecin, la profession du Pr Hammel interfère dans la plupart des aspects de la maladie.Il s’interroge : a-t-il obtenu un rendez-vous rapide en raison de sa profession ? "C’est possible", répond-il avant d’ajouter que malgré tout "les rendez-vous sont vite accordés pour les patients atteints d’une maladie rapidement évolutive". Il conclut cependant "n’ai-je pas assez donné aux autres (...) pour mériter cet appréciable avantage ?""CE QU’ENDURENT LES PATIENTS"Le Pr Hammel souligne tout au long de son ouvrage l’importance du soutien que lui ont apporté ses réseaux familiaux, d’amis et de collègues médecins, même si certains professionnels de santé, face à un collègue malade, font preuve d’une certaine maladresse, s’adressant à "l’intellect" du médecin plus qu’au patient. "Imaginer qu’un médecin est plus costaud dans la tête que la moyenne des gens est une funeste erreur d’appréciation", précise l’auteur.L’identité du médecin semble, pour les non professionnels de santé également, toujours prendre le pas sur celle de la personne : "je cumule les mandats : celui du malade et du médecin. Chaque fois il faut délivrer un petit cours sur le lymphome. Parler des chances de guérison”, indique le Pr Hammel, avant d’avouer : "j’ai le sentiment de donner plus que de recevoir, de rassurer plus que d’être réconforté".Enfin, quelques phrases isolées révèlent que ce voyage se déroule bien en "terra incognita", selon les propres mots du médecin : "la perspective de la chute des cheveux ne m’apparaît pas aussi bénigne que je l’imaginais quand je n’étais pas concerné", confesse -t-il. Plus révélateur encore, plus loin : "c’est hallucinant à quel point un médecin peut ignorer ce qu’endurent les patients !".L’auteur est conscient de sa chance de bénéficier d’un diagnostic précoce, d’examens appropriés, de délais d’attente assez réduits, un peu moins de ses conditions de vie relativement confortables et de la présence d’un entourage attentif. Il agrémente son propos de références culturelles tous azimuts, mais aussi de réflexions sur l’organisation du système de soins, à propos de la consultation d’annonce, de l’organisation des soins, de l’hospitalisation à domicile. Ce faisant, il effleure un problème que lui même n’a pas à affronter : "la disponibilité croissante des formes orales de chimiothérapie va accentuer la tendance [de l’hospitalisation à domicile]. (...) tant mieux, oui, pour les sujets autonomes, bien entourés. C’est plus problématique pour les isolés, les personnes âgées". Le Pr Hammel est finalement entré en rémission. Cette expérience aura-t-elle des conséquences sur sa pratique professionnelle ? S’il indique qu’un personnel médical "peut très bien soigner, savoir écouter et réconforter sans être passé par là", le Pr Hammel évoque aussi certains changements propres, en particulier le fait de prendre "plus de temps pour expliquer les modalités et les effets secondaires d’une chimiothérapie, la manière de contacter rapidement un soignant au téléphone en cas de besoin ou encore l’importance des médicaments associés", comme les antivomitifs ou les médicaments destinés à lutter contre l’anémie./ep/ajr(Guérir et mieux soigner, un médecin à l’école de sa maladie - Chronique d’un cancer, Professeur Pascal Hammel, Editions Fayard, 300 p., 18 euros)

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23 avril 2008

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