DANS LE 93, DES OUTILS ORIGINAUX POUR FACILITER L’ACCÈS AU DÉPISTAGE DU CANCER DU SEIN Dans le 93, des outils originaux pour faciliter l’accès au dépistage du cancer du sein
Le directeur de l’Ardepass, Christophe Debeugny, tient à préciser "qu’il y a une différence entre les difficultés liées à la précarité et celles liées aux décalages culturels", mais elles sont tellement intriquées qu’il est difficile de faire la part des choses. Malgré tout, ces deux éléments se liguent parfois pour empêcher l’accès d’une part au système de soins, d’autre part au dispositif de dépistage : c’est la langue, et en particulier la langue écrite qui empêche de nombreuses personnes d’avoir accès aux campagnes nationales d’information et de sensibilisation. Et la précarité place les personnes dans des situations où le cadet de leur souci est bien de se mettre dans une situation à risque. Car le dépistage, selon Christophe Debeugny, c’est "prendre le risque de découvrir qu’on est malade", une situation que l’on peut assumer uniquement "quand on a l’esprit assez tranquille pour avoir conscience de prendre ce risque", indique-t-il."Outre la peur de l’hôpital, qui fait que les gens arrivent dans l’établissement avec des cancers déjà avancés, il y a le fait que beaucoup d’ouvriers, issus de vagues d’immigrations déjà anciennes, vivent et vieillissent en Seine-Saint-Denis. Ils ont le plus souvent travaillé dans des conditions difficiles", témoigne Hélène Delaquaize, médiatrice en santé publique au sein de l’Espace Rencontre Information de l’hôpital Avicenne à Bobigny. "A cela se sont ajoutés une mauvaise alimentation et des logements insalubres", constate-t-elle. Pour toutes ces raisons, la Seine-Saint-Denis paie un lourd tribut au cancer : pour 100 décès masculins par cancer, on en constate 94 en Île-de-France et 109 en Seine-Saint-Denis, et pour 100 décès féminins en France, 104 en Île-de-France et 108 en Seine-Saint-Denis*. "Dans le département on estime que 25% des femmes ciblées ne se font pas dépister, ni dans le cadre du dépistage organisé, ni dans d’autres conditions", indique Christophe Debeugny. Or, pour être efficace, le dépistage organisé doit inclure au minimum 60% de la population ciblée. VOCABULAIRE ADAPTE ET VIDEO A L’APPUIL’Ardepass a donc choisi de s’armer, outre les moyens traditionnels de diffusion de l’information, de plusieurs autres outils originaux pour pouvoir atteindre et inclure les femmes qui échappent encore au dispositif de dépistage organisé du cancer du sein. L’objectif consiste désormais à aborder les gens avec les bons mots et surtout les bons interlocuteurs, en laissant toute sa place à l’oral. Ainsi, l’expression "dépistage du cancer du sein" a été bannie dans certaines situations et simplement remplacée par "mammo". Le mot "dépistage" n’est dans les faits jamais compris, phonétiquement trop proches de... "des pistaches".En 2004 et 2005, l’Ardepass a aussi imaginé l’expérimentation "Soleil Santé", "menée dans un esprit participatif : tout au long de la démarche, les conditions ont été mises en place pour que professionnels, habitants, bénévoles, institutionnels et élus soient auteurs et acteurs du projet".L’objectif principal consistait à comprendre et lutter contre les freins à la participation au dépistage organisé du cancer du sein, "en améliorant la qualité des outils existants, en les retravaillant avec un groupe d’habitantes de Bondy", en réalisant "un nouvel outil de communication orale, une vidéo de courte durée porteuse de messages simples et peu nombreux, et "en renforçant les compétences des personnes relais".Une vidéo de 8 minutes a donc vu le jour. "On y voit des personnes d’origines différentes qui parlent simplement du dépistage et de son utilité. On peut le présenter à des gynécologues, à des femmes dans les quartiers, il a toujours un grand succès", indique Christophe Debeugny. "Nous essayons en ce moment de transférer cette expérimentation participative à Stains, Bobigny, La Courneuve et au Blanc-Mesnil", détaille-t-il."On a réalisé d’autres outils comme des diaporamas où on peut voir ce qui se passe pendant le dépistage. Les acteurs locaux, formés, peuvent ainsi utiliser ces supports".Les porteurs de messages traditionnels, les professionnels de santé, n’ont pas été oubliés : l’association a créé pour les médecins généralistes des outils qui leur permettent de diriger leurs patientes simplement vers le dispositif. Ils peuvent utiliser le site internet régional Neonet, pour connaître "le statut d’éligibilité des femmes concernées par le dépistage organisé du cancer du sein, sur la base des fichiers des structures départementales de gestion de l’Île-de- France".Si leur patiente est éligible, c’est à dire qu’elle est âgée de 50 à 74 ans, qu’elle n’a jamais effectué de mammographie ou qu’elle en a effectué une, il y a plus de deux ans, les professionnels peuvent utiliser un bloc d’ordonnances "spéciales", fourni par l’Ardepass. Chacune de ces ordonnances vaut pour prescription et prise en charge, dans le cadre du dispositif organisé de dépistage du cancer du sein, en clair, un bon pour une "mammo" gratuite."On essaie de favoriser le travail local. C’est la seule manière d’installer et de pérenniser les choses", conclut Christophe Debeugny./ep/vr(*ORSIF et Conseil général de Seine-Saint-Denis : la Santé observée 2005, site web de l’Association de recherche et de dépistage des pathologies du sein en Seine-Saint-Denis : www.ardepass.org)

 |
© APM |
7 mars 2008

|
|