CRYOPRÉSERVATION DU TISSU OVARIEN : ENCORE AU STADE D’EXPÉRIMENTATION Cryopréservation du tissu ovarien : encore au stade d’expérimentation
"Un programme de congélation du tissu ovarien a pu être envisagé dès lors que les taux de survie sont devenus plus importants chez les femmes victimes d’un cancer et devant subir une chimiothérapie et/ou une radiothérapie, traitements connus pour être responsables d’une ménopause précoce et d’une stérilité. Ce d’autant plus qu’en France, le don d’ovocytes pose des difficultés éthiques et de recrutement des donneuses", rappelle le spécialiste.La congélation des ovaires s’effectue dans de l’azote liquide à -196°C. "Elle a d’ores et déjà permis, après décongélation et greffe chez la patiente, trois naissances dans le monde : une en Belgique, une en Israël et une aux Pays-Bas qui s’est malheureusement soldée par une fausse couche. Mais en réalité, c’est environ une dizaine de greffes qui ont déjà été tentées", relève le Pr Salle. Toutefois, signale-t-il, il s’agit là d’une perspective envisagée dans le long terme, avec des programmes de conservation ovarienne qui se développent dans le monde entier, ainsi qu’en France, en particulier dans les grands centres dédiés à l’assistance médicale à la procréation où plusieures tentatives sont en cours : Paris (environ 150 à 200 petites filles, adolescentes et femmes ont bénéficié d’une congélation de l’un de leurs deux ovaires), Lyon (près de 70 jeunes patientes ont été prélevées en vue d’une cryopréservation), Nantes et Lille."L’attitude actuelle à adopter sur ce sujet est la prudence, en délivrant une information très éclairée aux parents et aux patientes susceptibles de bénéficier d’une cryopréservation ovarienne : on sait prélever, congeler et décongeler, mais l’avenir du tissu ovarien reste hypothétique", prévient le Pr Salle tout en insistant sur la nécessité de continuer à expérimenter pour améliorer les techniques, notamment celles relatives à la transplantation, avant de pouvoir confirmer la viabilité de la procédure.Le gynécologue souligne également l’aspect médico-légal de la cryopréservation et la difficulté relative à la réalisation de la coelioscopie, qui n’est ni programmable ni toujours facile à réaliser selon l’état de la patiente cancéreuse. "Les oncologues poussent un peu les médecins de la reproduction à effectuer de tels gestes car entre une et deux femmes vues en consultation tous les 15 jours seraient susceptibles d’être des candidates potentielles", relate-t-il. C’est sans compter sur la multitude de paramètres intervenant dans la décision...Concernant la greffe ovarienne, il en existe deux types, décrit-il :
la greffe hétérotypique, à distance du petit bassin sous l’avant-bras : "cette technique ne fonctionne pas très bien. De plus, il faut tout d’abord entreprendre une FIV (fécondation in vitro), puis réaliser un transfert d’embryons. Enfin, la qualité des ovocytes placés sous l’avant-bras n’est pas parfaite" ;
la greffe orthotopique, dans le petit bassin, en condition quasi-anatomique, comme ce fut le cas en Belgique où la grossesse a été menée jusqu’à son terme.L’intervention coelioscopique et le prélèvement ovarien durent environ 20 minutes.A la naissance, l’ovaire se trouve à son état définitif et le stock de follicules à son maximum. Dans la cryopréservation ovarienne, un ovaire seulement est prélevé et l’autre toujours laissé en place car il peut très bien refonctionner, même après une chimiothérapie. "Par exemple dans la maladie de Hodgkin, le traitement est peu stérilisant. Ce fut le cas pour deux patientes ayant bénéficié des premières expériences et ayant pu mener à terme une grossesse", cite le médecin. Le doute semble donc persister sur l’origine de celle-ci (a-t-elle en effet émané du tissu ovarien greffé ou de l’ovaire laissé en place, devenu à nouveau fonctionnel après arrêt de la chimiothérapie ?)."Il est bien connu que la cryobiologie et les techniques de conservation sont loin d’être évidentes", conclut le Pr Salle./ajr

 |
© APM |
5 décembre 2006

|
|