CANCERS PROFESSIONNELS : LE TABLEAU NOIR DE LA PRÉVENTION EN MILIEU DU TRAVAIL Cancers professionnels : le tableau noir de la prévention en milieu du travail
"Les cancers professionnels résultent le plus souvent d’une polyexposition des salariés à diverses substances cancérigènes, en général mal identifiées, soulignant la difficile mise en oeuvre d’une politique de prévention dans les milieux de travail", a expliqué à APM Santé, Annie Thébaud-Mony, chercheur en santé publique et directrice du groupement d’intérêt scientifique pour la surveillance des cancers d’origine professionnelle en Seine-Saint-Denis (SCOP 93). "Ce débat visera à mobiliser en particulier les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) -des instances représentatives des employés dans les entreprises de plus de 50 salariés- les plus à même de se saisir des problèmes de cancers professionnels", a précisé Annie Thébaud-Mony.Le SCOP 93, mis en place depuis 2000, présentera lors de ce débat, les nouveaux résultats de son enquête sur le suivi des cancers professionnels dans le département. L’enquête a été menée dans 10 services de trois hôpitaux du département (CHU Avicenne, hôpital Montfermeil, hôpital Robert Bellanger) auprès d’environ 500 patients atteints de cancers pouvant être d’origine professionnelle (cancers broncho-pulmonaires, mésothéliomes, cancers du sinus et du larynx, leucémies et cancers des voies urinaires). Les volontaires ont été interrogés lors d’un entretien approfondi sur leur parcours professionnel et leur exposition aux substances cancérigènes. A l’issue de cette expertise, si les données sont conformes à la réglementation de la procédure de réparation, le médecin établit un certificat médical initial (CMI) qu’il transmet au malade pour procéder à la déclaration de maladie professionnelle. "Toutefois, seulement 50 % des personnes ayant reçu leur CMI ont débuté la démarche pour une reconnaissance en maladie professionnelle", a révélé Annie Thébaud-Mony. Une des explications reposerait sur la difficulté à déterminer l’exposition aux cancérigènes de façon qualitative et quantitative et d’obtenir une attestation d’exposition par le ou les employeur(s).Un des résultats principaux de l’enquête du SCOP 93 révèle la polyexposition importante des salariés. "Notre travail révèle que 80% des patients exposés ont subi une exposition à plusieurs substances cancérigènes soit simultanément soit successivement", a déclaré Annie Thébaud-Mony. L’amiante, les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA), le benzène, les fumées de diesel, les silices, les solvants et le plomb constituent les principaux produits en cause.SOUS-TRAITANTS ET INTÉRIMAIRES : LES PREMIÈRES VICTIMESAutre résultat de l’enquête 2006 du SCOP 93 : la fréquence élevée des cancers au sein des sociétés de sous-traitance et notamment chez les travailleurs intérimaires dans les secteurs tels que le nettoyage, la manutention, la destruction ou la rénovation de bâtiments. "Nous sommes particulièrement préoccupés par le secteur de l’entretien et du nettoyage où l’exposition aux produits dangereux est forte mais sans qu’aucune mesure de prévention soit associée", a confié la directrice du GISCOP."Sur le plan de la prévention, le tableau est très noir", a-t-elle affirmé. Selon l’extrapolation des résultats de l’enquête nationale Sumer, menée conjointement par l’Inspection médicale du travail et le Ministère du travail entre 2002 et 2003, auprès de 50.000 salariés, près de 2,5 millions de salariés français seraient exposés aux cancérogènes connus dont 40% ne disposeraient d’aucun moyen de protection, ajoute Annie Thébaud-Mony. "Cette situation est très alarmante", a-t-elle souligné. Les informations sur les substances cancérigènes utilisées dans une entreprise sont rarement divulguées aux salariés, a-t-elle noté. De plus, de nombreux produits potentiellement cancérigènes n’ont pas encore été contrôlés par des tests de toxicité, a-t-elle ajouté.Face à ce constat, le département du 93 se mobilise. Depuis un an et demi, un réseau constitué d’une trentaine de professionnels du SCOP, de médecins du travail, d’inspecteurs du travail et de contrôleurs de la caisse régionale d’assurance maladie (CRAM), réfléchit sur les problèmes liés à la prévention des cancers professionnels et sur les modes de protection à mettre en place, dans le contexte spécifique du département de Seine-Saint-Denis. "Notre but est d’obtenir, dès que possible la substitution d’un produit cancérigène par un autre équivalent non toxique ou lorsqu’il n’existe pas d’équivalent, de disposer d’une protection totale pour les travailleurs", a précisé Annie Thébaud-Mony. "Nous avons tous les moyens pour faire en sorte que les travailleurs ne soient plus exposés. Par ailleurs, le coût d’un dispositif de prévention se révèle beaucoup moins élevé que le coût de la prise en charge des patients atteints de cancer", a-t-elle conclu.En 2009, un premier bilan du travail de ce réseau sera effectué afin de déterminer l’évolution de la protection des travailleurs dans le 93 et de généraliser par exemple de bonnes pratiques d’entreprises sur le thème de la prévention. En juillet dernier, le président de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) avait indiqué que le Ministre de la santé, Xavier Bertrand, souhaitait proposer un programme d’actions sur les cancers professionnels, avec une priorité donnée à l’axe de la prévention, dont les grandes lignes devraient être ébauchées prochainement./sc/ajr

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26 septembre 2006

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