CANCERS PÉDIATRIQUES : LES LEÇONS À TIRER DE L’AFFAIRE DE VINCENNES Cancers pédiatriques : les leçons à tirer de l’affaire de Vincennes
L’histoire remonte à 1999 avec le signalement de trois cas groupés de cancers pédiatriques chez des enfants ayant fréquenté l’école maternelle Franklin Roosevelt, construite en 1990 sur l’ancien site industriel Kodak à Vincennes.Une première expertise conclut qu’il n’est pas possible d’établir de lien entre l’excès de cas et la pollution. D’autres cas sont rapportés. Se créent alors le Collectif Vigilance Franklin et, à la demande des autorités sanitaires, un comité scientifique, qui articule ses travaux avec un comité de suivi. D’autres investigations sont menées qui corroborent les premières conclusions mais demeurent contestées par le collectif.UN TRAVAIL CONSÉQUENT DU COMITÉ SCIENTIFIQUEMartine Ledrans, de l’Institut de veille sanitaire (InVS), et ses collègues rappellent qu’un comité scientifique regroupant seize experts a travaillé de mai 2001 à février 2006. Il a réalisé lui-même quinze documents visant à préparer les études, a expertisé plus de trente protocoles ou rapports d’études et a émis 21 avis, travail qualifié de "conséquent".Après les premières difficultés rencontrées par le comité scientifique (hiatus entre les attentes sociales et la démarche scientifique proposée, déficit de communication avec les parties prenantes, manque de moyens), "une interaction positive s’est établie entre le comité scientifique et les parties prenantes, la population notamment", relatent-ils.PAS DE RÉELLE INDÉPENDANCE DES ÉTUDES VIS-À-VIS DE KODAKVéronique Lapides, du Collectif Vigilance Franklin, déplore, pour sa part, "le manque évident de temps et de moyen" du comité scientifique pour "contrôler, expertiser le travail fait par le bureau d’étude de l’industriel" Kodak. "Finalement, aucun réel travail de contre-expertise ne sera effectué dans ce dossier", souligne-t-elle.Elle critique la méthodologie de l’enquête épidémiologique (périodes choisies, âges des enfants, zones étudiées, cas inclus...), qui "a gravement sous-estimé l’ampleur du risque". Elle estime aussi que l’étude de risques "se borne à un seul constat : il n’y a pas actuellement de risque environnemental avéré et spécifique du site urbain concerné" mais le comité scientifique ne peut pas s’engager sur la situation passée (1991-1998) ni pour l’avenir.Elle dénonce enfin le fait que l’intégration du Collectif Vigilance Franklin dans le comité de suivi s’est faite "dans l’urgence et, dans une certaine mesure, pour apaiser les tensions".LA BONNE RÉPONSE N’EST PAS LA RÉPONSE ATTENDUE."La bonne réponse ne saurait être par définition la réponse attendue par ceux qui sont les plus touchés et qui se considèrent, peut-être légitimement, comme victimes", souligne Gilles Brücker, directeur général de l’InVS, dans un éditorial accompagnant les articles.Il rappelle que 38 regroupements de cas ont été signalés aux autorités sanitaires jusqu’en 2005 et qu’aucun n’a jamais pu être relié à une cause environnementale. "Un regroupement de cas peut relever d’autres facteurs identifiés, et parfois être tout simplement dû au hasard de la distribution des cas", indique-t-il.Gilles Brücker prône dans ces affaires des "démarches d’expertise partagées", multidisciplinaires, en associant le plus en amont possible la société civile.Martine Ledrans et ses collègues recommandent pour leur part de mettre en oeuvre "des dispositifs articulés d’expertise et de décision, légers et réactifs, intégrant dès que possible toutes les parties prenantes"./vdb/ar/mr

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1er mars 2007

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