CANCER : UN NOUVEL ÉCHOGRAPHE, EN RENVOYANT UNE ONDE À SA SOURCE, PERMET DE TRAQUER LES TUMEURS Cancer : un nouvel échographe, en renvoyant une onde à sa source, permet de traquer les tumeurs
Un échographe traditionnel permet de visualiser les différents organes, la forme d’un foetus ou le liquide amniotique en analysant les ultrasons renvoyés sous forme d’écho par le corps humain. Selon les milieux traversés, les ondes reviennent plus ou moins rapidement, et c’est l’analyse de ces infimes différences de vitesse qui permet d’obtenir des images.La vitesse de propagation des ultrasons (environ 1.500 mètres par seconde) varie aussi selon les différences de structure des tissus, mais les variations sont si infimes que l’appareil est incapable de les détecter. Pour contourner le problème et pouvoir mesurer l’élasticité des tissus, unique moyen de détecter les tumeurs par ultrason, Mathias Fink et son équipe du laboratoire "ondes et acoustiques" du CNRS ont mis en application leur découverte majeure des années 1990 : le miroir à retournement temporel.L’idée est de focaliser les ondes en un point du corps à étudier afin de déclencher un microséisme, à l’origine de la formation d’une onde dite de cisaillement, qui va se propager selon l’élasticité du milieu à une vitesse comprise entre 1 et 5 mètres par seconde. En utilisant une propriété particulière des ondes, le miroir à retournement temporel intégré dans l’échographe va amplifier cette onde de cisaillement et la renvoyer à sa source exactement par le même chemin. L’onde va "revivre" en sens inverse toutes les étapes de son parcours initial jusqu’a l’endroit où elle a été émise. L’analyse des nouveaux échos permet alors de visualiser des différences d’élasticité, à raison de 5.000 images par seconde, une cadence 100 fois plus rapide qu’un échographe traditionnel. "On voit alors très bien se dessiner les contours d’une tumeur, avec une résolution proche du millimètre", précise Mathias Fink.UN APPAREIL A LA FOIS DIAGNOSTIQUE ET THERAPEUTIQUEA l’Institut Curie, l’objectif de l’étude est d’évaluer les capacités de l’appareil. En un an, 54 patientes ont été intégrées à l’expérience. Toutes avaient subi au préalable un classique examen par mammographie, qui avait permis de détecter pour 40% d’entre elles des tumeurs bénignes, et pour 60% des tumeurs solides nécessitant un traitement thérapeutique."L’étude est encore en cours ", souligne le Dr Alexandra Athanasiou, chargée de superviser l’expérience à l’Institut Curie. "Mais les résultats sont très prometteurs surtout en ce qui concerne la différenciation entre kyste et tumeur solide. On a également constaté une meilleure définition du contour des tumeurs."Jusqu’à présent seules les capacités diagnostiques du nouvel appareil sont à l’étude chez l’homme, mais un autre dispositif à visée thérapeutique a déjà fait ses preuves sur l’animal pour éliminer des tumeurs. "Avec les moyens actuels, on sait déjà détruire une tumeur par ultrasons, ou un calcul dans la prostate en augmentant fortement leur puissance", commente Mathias Fink. "Cependant des organes comme le foie sont difficiles à traiter car ils bougent pendant l’intervention". En renvoyant l’onde de cisaillement amplifiée à sa source avec le miroir à retournement temporel, quel que soit le chemin emprunté et le milieu traversé, il est maintenant impossible de rater la cible.Le laboratoire "Ondes et acoustiques" a appliqué la technique et mis au point un casque "à retournement temporel" qui a permis de brûler par ultrasons les tumeurs au cerveau de brebis, à travers leur crâne. Un exploit quand on sait que les ondes ne peuvent traverser le crâne en ligne droite.En attendant un appareil deux-en-un, à la fois diagnostique et thérapeutique, qui pourrait être proposé "dans un avenir proche", un prototype de l’échographe sera disponible en fin d’année 2007 et installé dans dix centres à travers le monde afin de dépister les cancers./vr/ep

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© APM |
9 mai 2007

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