AUX ETATS-UNIS ON ENCOURAGE LA COLOSCOPIE VIRTUELLE, EN FRANCE LA PRUDENCE EST DE MISE Aux Etats-Unis on encourage la coloscopie virtuelle, en France la prudence est de mise
La coloscopie virtuelle consiste à analyser une reconstruction en deux ou trois dimensions, du côlon, grâce à une succession d’images capturées par un scanner à acquisition hélicoïdale ou une IRM. Si le déroulement de l’examen n’est pas très différent d’une coloscopie classique, il est moins invasif et ne nécessite pas d’anesthésie. Ses performances n’ont pas encore été formellement mesurées.Cette technique d’imagerie est à l’origine conseillée lorsque la coloscopie instrumentale (la technique "classique") s’avère risquée, à cause d’un échec préalable, d’un patient trop fragile pour subir une anesthésie ou d’une obstruction du côlon. Aux Etats-Unis cependant, les gastro-entérologues commencent à la mettre en oeuvre dans d’autres cas.Interrogé par l’APM, le Pr Yves Gandon, radiologue à la tête du service d’imagerie médicale du CHU de Rennes, indique que "les patients américains, très procéduriers, attaquent facilement le personnel médical en justice en cas de complication. Or, le risque de complication lié à une anesthésie, dans le cas d’une coloscopie ’classique’ n’est pas nul", tandis que ce risque est quasiment inexistant avec une coloscopie virtuelle. En France, plusieurs facteurs concourent à maintenir la coloscopie virtuelle dans son statut d’alternative secondaire à la coloscopie classique. Les données de performance (spécificité, sensibilité, valeurs prédictives positives et négatives) ne sont pas consolidées, le matériel et la formation des opérateurs manquent, le temps d’analyse reste long et les patients sont peu informés de l’existence de cette technique.Et contrairement aux Etats-Unis, où les gastro-entérologues, traditionnellement formés à la coloscopie sont encouragés à se former à la coloscopie virtuelle, en France chaque technique concerne un métier différent : le gastro-entérologue pratique la coloscopie et le radiologue la coloscopie virtuelle. Cependant le Pr Gandon soulignait en 2005 à l’APM que les gastro-entérologues vivaient moins qu’auparavant la coloscopie virtuelle comme un concurrent menaçant leur métier. "Globalement, dans ma pratique actuelle, la coloscopie virtuelle amène plus de patients au gastro-entérologue qu’elle n’en enlève", précise-t-il. De fait, lorsqu’un polype cancéreux est détecté lors d’une coloscopie virtuelle, l’ablation ne peut avoir lieu qu’en effectuant une coloscopie instrumentale ultérieure. Si la coloscopie virtuelle venait à s’étendre, elle augmenterait relativement le nombre de coloscopies instrumentales "utiles".Après les résultats contradictoires de ces dernières années à propos de la performance de la technique, le Pr Gandon évoque "la publication en fin d’année des résultats d’une grosse étude multicentrique américaine, sur plus d’un millier de patients, qui permettra de bien positionner la performance de la coloscopie virtuelle", une performance globale qu’il pense être positive.Mais pour éventuellement participer au dépistage du cancer colorectal, la technique doit être validée par des études nationales, qui sont en cours et devraient aboutir d’ici quelques années.En parallèle, la technique et le matériel s’améliorent, "avec de nouveaux scanners, de bonnes résolutions", la fiabilité de la coloscopie virtuelle grandit. "Des logiciels d’analyse d’image apparaissent également. Ils semblent assez performants même si on les utilise uniquement en complément d’une lecture. Ils permettent de gagner beaucoup de temps", complète le Pr Gandon.Et si la coloscopie virtuelle s’avère finalement effective selon les standards français, elle devra être intégrée à un dispositif de dépistage à condition que le rapport coût-efficacité soit également favorable. Dans ce cas, elle devrait être proposée, selon le spécialiste, à des patients "qui ont peu de chances de présenter des lésions", de manière à réserver les coloscopies instrumentales, impliquant hospitalisation et anesthésie, aux cas plus risqués./ep/ajr

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18 septembre 2007

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