ASCO 2008 : GRAND-MESSE DES CANCÉROLOGUES DU MONDE ENTIER POUR DE NOUVEAUX RÉSULTATS D’ÉTUDES ENCOURAGEANTS Asco 2008 : grand-messe des cancérologues du monde entier pour de nouveaux résultats d’études encourageants
La personnalisation des traitements, en fonction de caractéristiques génétiques propres au patient, semble représenter la tendance lourde de ces dernières années ; elle permet d’administrer des traitements ciblés à certains patients, pourvus d’un profil génétique précis, alors qu’auparavant on utilisait une chimiothérapie non sélective pour tout le monde. Il faut toutefois garder à l’esprit que ces dernières restent des armes de choix dans l’arsenal thérapeutique. Cet appariement entre une molécule et une catégorie très précise de patients déterminée par leur profil génétique ne facilite pas toujours le travail des chercheurs. Beaucoup de présentations ont par exemple fait retomber des espoirs concernant des traitements, dont les essais préliminaires avaient fait espérer beaucoup et qui au final de s’avèrent pas aussi efficaces qu’escompté... dans la population générale des patients. Il faut désormais non seulement découvrir les bonnes molécules, mais aussi à qui elles s’adressent.De nombreux résultats importants concernent également la prise en compte par des techniques variées -médicaments ou méthodes alternatives- des effets secondaires de ces traitements des cancers, dans le but d’améliorer la qualité de vie des patients. A noter que le congrès annuel de l’Asco bénéficie d’une forte crédibilité scientifique, englobant du même coup les résultats qui y sont présentés, même si ces données n’ont pas été encore passées le "filtre" des comités de lecture des revues scientifiques.MEDICAMENTS MULTIFONCTIONS ET CARENCE EN VITAMINE D DANS LE CANCER DU SEINPour le cancer de la prostate, cancer le plus fréquent mais pas forcément le plus mortel, découvert chez quelque 62.200 hommes en 2005 au niveau national*, quelques études ont été présentées mais il n’y a pas eu dans le domaine de grandes avancées ou d’étude très surprenante.En revanche, dans le domaine du cancer du sein (près de 42.000 cas annuels en France*), des chercheurs canadiens ont démontré l’existence d’un lien entre déficit en vitamine D et risque d’évolution négative chez des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade précoce. La vitamine D, dont l’essentiel est produit par l’exposition de la peau au soleil, peut aussi se trouver dans certains aliments, huiles dérivées de poisson, foie, beurre, oeufs, lait...Parmi les 512 patientes suivies par les chercheurs, seules un quart étaient dotées d’un niveau normal de vitamine D, les autres étant en déficit. Au bout de 10 ans, 85% des femmes ayant au départ un taux de vitamine D suffisant étaient toujours en vie, contre 74% des femmes carencées. Par ailleurs, 83% des femmes sans déficit en vitamine D étaient toujours sans métastase après 10 ans, contre 69% dans l’autre groupe de patientes. Les auteurs restent malgré tout prudents sur le lien de cause à effet car ils n’ont pas encore identifié le mécanisme sous-jacent. Ils indiquent qu’à l’avenir il faudra mener une étude pour examiner l’impact d’une correction de la carence en vitamine D sur l’évolution du cancer.En outre, un médicament, le zolédronate (Zometa*, Novartis), habituellement utilisé pour lutter contre l’ostéoporose ou les complications osseuses de certains cancers, a permis de réduire de 9% à 6% (soit une baisse de risque de 36%) le risque de récidive de cancer du sein, sans effet secondaire inattendu, chez une catégorie très précise de patientes.En effet, l’essai a inclus 1.803 femmes non ménopausées, atteintes d’un cancer du sein de stade précoce, et chez lesquelles on avait au préalable enlevé chirurgicalement la tumeur et provoqué un arrêt des sécrétions ovariennes par médication. On leur a distribué, au hasard, soit une hormonothérapie seule soit l’association hormonothérapie + zolédronate. La communauté des chercheurs attend cependant les résultats d’autres études, en cours, sur le même sujet pour tester d’autres doses et augmenter la puissance statistique de ces données.CANCER COLORECTAL METASTATIQUE : DES TESTS GENETIQUES POUR LES CANDIDATS A L’ERBITUX*Le cancer colorectal touche près de 36.000 patients par an en France*. Des précisions ont été apportées quant à l’efficacité de l’un des traitements actuellement prescrit en cas de cancer colorectal métastatique et associé à une chimiothérapie, le cétuximab (Erbitux*, Merck Serono). Le bénéfice de cette molécule s’avère restreint aux patients ne présentant pas de mutation sur un gène, baptisé K-RAS.Parmi les 540 patients inclus dans l’étude, 35% étaient pourvus de mutations sur ce gène, contre 65% des patients avec l’allèle "sauvage", c’est à dire non muté. Les patients avec un gène K-RAS muté, qu’ils prennent ou non du cétuximab, n’ont pas présenté de différence en termes de survie sans progression du cancer. A l’inverse, des distinctions sont apparues pour les porteurs du gène "sauvage" : à un an, le taux de survie sans progression était de 43% pour ceux traités avec l’association chimiothérapie/cétuximab, contre 25% avec la chimiothérapie seule.Ces résultats confirment des données déjà publiées et seront suivis d’effets concrets : les patients porteurs d’un cancer colorectal métastatique devront désormais être testés pour savoir s’ils sont porteurs d’un gène K-RAS muté ou pas, pour déterminer quel traitement leur sera le plus profitable, comme cela est déjà le cas pour des cancers du sein. VERS LA CHIMIOPREVENTION DU CANCER DU POUMON ?Dans le domaine du cancer du poumon, détecté chez près de 28.000 patients pas an au niveau national*, des chercheurs américains ont démontré que l’anti-inflammatoire non-stéroïdien (AINS) célécoxib (Celebrex*/Onsenal*, Pfizer) diminue la production d’une protéine impliquée dans la prolifération cellulaire chez des fumeurs. Cela suggère que le médicament pourrait être utile en chimioprévention du cancer du poumon.La protéine incriminée, la cyclooxygénase 2 (COX-2) est sécrétée au-delà de la normale dans des lésions bronchiques précancéreuses. Les chercheurs ont administré du célécoxib sur des périodes courtes à 212 fumeurs ou anciens fumeurs, en les répartissant au hasard selon plusieurs protocoles, mettant en jeu plusieurs doses et un placebo. Ils ont trouvé que la prolifération cellulaire diminue avec le célécoxib à haute dose, mais pas avec la dose plus faible, ni avec le placebo.Cette étude est la première à montrer, à l’aide d’un protocole rigoureux, que le célécoxib peut être utile en prévention du cancer du poumon. Le traitement, déjà indiqué en prévention de certains cancers du côlon et dans le traitement de l’arthrose et de la polyarthrite rhumatoïde, s’est avéré sûr, sur une courte durée. Des risques cardiovasculaires ont auparavant été mis en évidence, dans certaines conditions (doses importantes, risque initial du patient).LA COURSE AUX TESTS SANGUINSToujours dans le domaine du cancer du poumon, des chercheurs allemands ont présenté des résultats préliminaires concernant un nouveau test sanguin pour le déceler à un stade précoce chez des fumeurs. Ces tests, faciles à mettre en oeuvre, font l’objet de recherches tout autour du globe car le cancer du poumon reste détecté tardivement, menant à des taux de mortalité élevés. L’équipe a utilisé des techniques de génétique, en comparant le sang de personnes atteintes et d’autres exemptes de cancer du poumon, pour découvrir qu’il existait dans le sang une empreinte de la maladie. Le test a été validé sur une cohorte européenne comprenant plus de 25.000 patients dont une partie a développé un cancer du poumon dans les deux ans de suivi. Les chercheurs ont trouvé que le test élaboré à partir de ces résultats présentait :
une sensibilité de 75% : il a identifié 75% des patients présentant un cancer du poumon dans les deux ans,
une spécificité de 85% : 85% des tests positifs ont mené à un diagnostic de cancer du poumon dans les deux ans,
Pour être certains de son efficacité, il leur reste toutefois à valider le test sur d’autre groupes de patients. DES PISTES POUR ALLEGER LES EFFETS SECONDAIRES DES CHIMIOTHERAPIESC’est la deuxième grande caractéristique de l’édition 2008 du congrès de l’Asco, la prise en compte de la qualité de vie des patients arrive sur le devant de la scène et en particulier les effets collatéraux des chimiothérapies, très redoutés.Deux aspects ont fait l’objet de travaux qui pourraient améliorer l’ordinaire de nombreux patients : des molécules ont été testées avec succès pour combattre d’une part la fatigue sévère provoquée par ces traitements, d’autre part les vomissements. Une équipe de chercheurs américains a administré au hasard à 642 patients cancéreux se plaignant de fatigue, soit un placebo, soit du modafinil (Provigil*, Céphalon), un agent stimulant améliorant la vigilance sans interférer avec le sommeil, ni entraîner d’addiction. Le médicament a été donné entre les deuxième et quatrième cycles de chimiothérapies et a bénéficié uniquement aux patients les plus fatigués en début d’essai. En outre, le modafinil a comporté un effet bénéfique sur le sommeil de ces patients. Une autre étude a consisté à comparer, sur 810 patients, l’action d’un médicament, le casopitant (Rezonic* ou Zunrisa* selon les régions du monde, GlaxoSmithKline) à celle d’un placebo pour empêcher les patients de vomir après une séance de chimiothérapie. Le critère de succès de la molécule a été défini comme l’absence de vomissements, de nausées ou d’utilisation de médicaments de secours pendant les cinq jours suivant la chimiothérapie. 86% des patients ayant absorbé le casopitant n’ont pas souffert de vomissements, contre 66 % dans le bras "placebo" de l’étude. Cependant, cette molécule comporte elle-même des risques d’effets secondaires (déficits immunitaires, anémie)./ep/ajr(*chiffres issus de résultats présentés en février 2008 au ministère de la Santé pour la période 1980-2005, ainsi que du rapport "Evolution de l’incidence de la mortalité par cancer de 1978 à 2000", produit par le Réseau français des registres du cancer, Francim Hôpitaux de Lyon, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et l’Institut national de veille sanitaire)

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24 juin 2008

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